La DAACT (Déclaration Attestant l’Achèvement et la Conformité des Travaux) est le document que le maître d’ouvrage doit déposer en mairie à la fin d’un chantier autorisé par un permis de construire ou une déclaration préalable. Sans ce dépôt, le délai dont dispose la mairie pour contester la conformité des travaux ne commence jamais à courir. Concrètement, la construction reste en situation irrégulière, parfois pendant des années, sans que le propriétaire en mesure les conséquences.
Pourquoi le délai de contestation ne court jamais sans DAACT
Le mécanisme est simple mais souvent mal compris. Une fois la DAACT déposée, la mairie dispose d’un délai pour vérifier la conformité des travaux réalisés par rapport à l’autorisation d’urbanisme accordée. Ce délai est généralement de trois mois, étendu à cinq mois dans certains secteurs protégés.
Tant que la DAACT n’est pas déposée, ce délai de contestation ne démarre pas. La mairie conserve indéfiniment la possibilité de contrôler, de constater des non-conformités et d’exiger des modifications, voire une remise en état. Cette situation crée une insécurité juridique permanente sur le bien.
À l’inverse, une fois le délai écoulé sans réaction de la mairie, le propriétaire peut demander une attestation de non-contestation de conformité. Ce document vaut validation tacite des travaux et sécurise toute revente ou opération ultérieure.
Conséquences concrètes d’une DAACT jamais déposée
L’absence de dépôt produit des effets en cascade qui touchent la fiscalité, la revente et l’assurance du bien.
- En matière de fiscalité locale, le non-dépôt de la DAACT n’empêche pas l’administration fiscale de recalculer la taxe foncière ou la taxe d’aménagement si elle constate l’existence de surfaces nouvelles. Le propriétaire peut donc recevoir un redressement sans avoir bénéficié de la régularisation urbanistique.
- Lors d’une vente, le notaire demande systématiquement la DAACT ou l’attestation de non-contestation. Son absence bloque ou retarde la transaction, et l’acquéreur peut négocier une décote significative sur le prix.
- En cas de sinistre, l’assureur peut opposer le défaut de conformité administrative pour limiter ou refuser l’indemnisation, notamment si les travaux non déclarés sont en lien avec le dommage.

Régularisation d’une DAACT ancienne : les pièces à fournir
Déposer une DAACT tardivement reste possible quel que soit le temps écoulé. Le formulaire à utiliser est le cerfa n° 13408*05, identique à celui d’un dépôt classique. Il se dépose en mairie du lieu des travaux, en trois exemplaires.
La difficulté réside dans les pièces annexes. Pour un dépôt tardif, les attestations techniques exigées correspondent à la réglementation en vigueur au moment du dépôt de l’autorisation d’urbanisme initiale, pas à celle du jour du dépôt de la DAACT. Vérifier ce point évite de commander des diagnostics inutiles.
Attestations techniques renforcées depuis 2024
Pour les chantiers récents dont la DAACT n’a jamais été déposée, les exigences se sont durcies. Depuis le 1er janvier 2024, en application du décret n° 2023-1175 du 12 décembre 2023, l’attestation acoustique jointe à la DAACT des bâtiments d’habitation neufs doit attester du respect de la réglementation, et non plus de sa simple prise en compte. Elle doit être signée par un contrôleur technique, un bureau d’études agréé ou un architecte.
De même, les constructions situées en zone sismique doivent inclure une attestation sismique de fin de chantier (AT2). Pour les parcelles exposées au retrait-gonflement des argiles, une attestation RGA peut également être requise. Ces pièces supplémentaires compliquent la régularisation quand le constructeur initial n’est plus disponible pour fournir les mesures.
Dépôt tardif de DAACT et conformité des travaux réalisés
Un point mérite attention : déposer la DAACT ne garantit pas que la mairie acceptera la conformité. Si les travaux réalisés s’écartent du permis de construire accordé (surface supérieure, implantation différente, aspect extérieur modifié), la mairie peut contester dans le délai légal suivant le dépôt.
Dans ce cas, deux options se présentent. La première consiste à déposer un permis de construire modificatif pour régulariser les écarts, à condition qu’ils restent compatibles avec le plan local d’urbanisme en vigueur. La seconde, plus lourde, passe par une mise en conformité physique des ouvrages.
La jurisprudence dite « Thalamy » impose qu’un propriétaire souhaitant réaliser de nouveaux travaux sur une construction irrégulière dépose une demande d’autorisation portant sur l’ensemble du bâtiment, pas uniquement sur les travaux projetés. Cette contrainte rend la régularisation d’autant plus urgente si des aménagements futurs sont prévus.
Quand la régularisation est impossible
Si les travaux réalisés violent le PLU actuel et que le permis initial ne pourrait plus être accordé aujourd’hui, la régularisation administrative devient très complexe. Le propriétaire devra soit démontrer que les travaux étaient conformes au PLU applicable à l’époque de l’autorisation, soit envisager une remise en état partielle pour obtenir la conformité.

Obtenir l’attestation de non-contestation après un dépôt tardif
Une fois la DAACT déposée, le délai de contrôle court normalement. Si la mairie ne réagit pas dans les trois mois (ou cinq mois en secteur protégé), le propriétaire peut demander l’attestation de non-contestation de conformité. Cette demande se fait par courrier simple auprès de la mairie.
La mairie dispose alors d’un délai de deux mois pour délivrer le document. En pratique, certaines communes tardent à répondre. Une relance par lettre recommandée avec accusé de réception, mentionnant la date de dépôt de la DAACT et l’expiration du délai de contrôle, suffit généralement à débloquer la situation.
- Vérifier la date de réception de la DAACT en mairie (récépissé de dépôt ou accusé de réception postal).
- Calculer le délai applicable : trois mois en droit commun, cinq mois si le bien se situe dans le périmètre d’un monument historique ou en secteur sauvegardé.
- Adresser la demande d’attestation par écrit après expiration du délai, en joignant une copie du récépissé.
L’attestation de non-contestation constitue la preuve définitive que les travaux sont réputés conformes. Elle clôt le dossier urbanistique et lève les obstacles à toute revente ou nouvelle demande d’autorisation portant sur le bâtiment.
Un dépôt tardif de DAACT reste préférable à l’absence totale de régularisation. Même si la démarche peut révéler des écarts de conformité, elle met fin à l’insécurité juridique et permet de reprendre la maîtrise du calendrier administratif plutôt que de la laisser indéfiniment entre les mains de la commune.

