Les cessions d’immobilisations, qu’il s’agisse d’actifs corporels ou de valeurs mobilières de placement (VMP), n’ont rien d’anodin pour les entreprises : chaque opération entraîne des écritures comptables précises, parfois techniques, et impacte directement le résultat. Voyons comment s’y retrouver, en partant des principes de base et en déroulant les principales situations rencontrées, des placements en espèces jusqu’aux cas particuliers.
Voici les différents points à connaître pour naviguer sereinement lors d’une cession d’immobilisation :
- Fondements comptables à respecter
- Traitement des sorties du patrimoine, selon la nature de l’actif
- Placements non amortissables
- Investissements totalement amortis
- Actifs partiellement amortis, sans dépréciation
- Actifs partiellement amortis et dépréciés
- Focus sur quelques situations particulières
Principes de comptabilisation des cessions d’immobilisations
Lorsqu’une immobilisation quitte le patrimoine de l’entreprise, la comptabilité impose de dissocier deux étapes : d’abord, la vente elle-même ; ensuite, la sortie de l’actif du bilan. Ce découpage permet de bien distinguer l’enrichissement, le fruit de la vente, de l’appauvrissement, c’est-à-dire la disparition de l’actif à sa valeur comptable.
- Vente : à l’instant de la transaction, on constate le produit généré, selon le prix de cession.
- Sortie d’actif : à la clôture de l’exercice, l’entreprise enregistre la disparition de l’actif pour sa valeur résiduelle.
Le résultat de l’exercice en ressort modifié, puisque la différence entre le prix de vente et la valeur comptable produit un gain ou une perte. Ce raisonnement s’applique aussi bien aux immobilisations qu’aux VMP.
La TVA mérite une attention particulière lors de ces opérations :
- La revente de biens meubles d’occasion est assujettie à la TVA, sauf si l’entreprise n’a pas pu récupérer la TVA lors de l’acquisition, un cas fréquent pour les voitures particulières.
- Les transferts d’immeubles opérés à titre onéreux par un assujetti dans le cadre de son activité tombent sous le régime de la TVA, notamment les terrains à bâtir et les immeubles neufs (moins de cinq ans). Cependant, la livraison automatique d’un bien neuf invendu deux ans après son achèvement échappe à la TVA.
- L’attribution de terrains non constructibles et le transfert d’immeubles achevés depuis plus de cinq ans sont en principe exonérés, sauf option contraire.
Enregistrer la cession et la sortie d’actif : mode d’emploi
Quand une immobilisation est vendue, plusieurs écritures comptables s’enchaînent :
- Constater une créance à l’égard de l’acquéreur (compte 462) ou un encaissement (compte 512) pour le prix de vente TTC ;
- Enregistrer le produit de la vente hors TVA dans le compte 775 (produits des cessions d’éléments d’actif) ;
- En cas de TVA applicable, constater la dette envers le Trésor via le compte 44571 (TVA collectée).
Pour illustrer, voici un schéma simplifié d’écritures :
| 462 | Créances sur cession d’immobilisation | Montant TTC | |
| 775 | Produit de cession d’actif | Montant HT | |
| 44571 | TVA collectée | Montant TVA |
Remarque : si la vente est réglée immédiatement, le compte 462 peut être remplacé par le compte de trésorerie (512).
Il faut ensuite acter la sortie de l’actif du bilan. Plusieurs opérations sont nécessaires, variant selon la nature de l’immobilisation (amortissable ou non, dépréciée ou non, subventionnée, etc.).
Traitement des placements non amortissables
Différentes catégories d’actifs non amortissables existent :
- Immobilisations incorporelles (titres, droits, etc.)
- Immobilisations corporelles non amortissables (terrains, collections…)
- Actifs financiers (participations, titres immobilisés…)
Lors du retrait de ces actifs, deux écritures interviennent :
- Annuler la valeur d’entrée de l’immobilisation ;
- Annuler, si besoin, la dépréciation enregistrée lors d’un exercice antérieur.
Sortie de l’actif :
| 675 | Valeur comptable des actifs cédés | Montant | |
| Compte de classe 2 | Immobilisations concernées | Montant |
Annulation de la dépréciation : Le cas échéant, la dépréciation antérieure est reprise :
| Compte 29… | Dépréciation immobilisation | Montant | |
| 7816 | Reprises sur dépréciations d’actifs | Montant | |
| 7866 | Reprises sur dépréciations financières | Montant |
Sortie d’une immobilisation entièrement amortie
Quand l’actif est totalement amorti, sa valeur nette comptable tombe à zéro. Dans ce cas, aucune perte n’est constatée : on équilibre simplement le compte d’immobilisation (classe 2) et le compte d’amortissement (28).
| 28… | Amortissement de l’immobilisation | Montant | |
| 2… | Immobilisation concernée | Montant |
Sortie d’une immobilisation partiellement amortie, sans dépréciation
Si la vente intervient alors que l’actif n’est que partiellement amorti (pensez à consulter vos tableaux d’amortissement), la valeur nette comptable n’est pas nulle. C’est cette valeur qui est sortie du bilan, et correspond à la perte générée pour l’entité. Calcul :
Valeur comptable nette = coût d’acquisition, amortissements cumulés à la date de cession
Deux étapes sont à prévoir :
- Comptabiliser l’amortissement complémentaire jusqu’à la date de cession ;
- Sortir l’actif et les amortissements, et constater la perte éventuelle.
L’amortissement complémentaire se constate ainsi :
| 6811 | Dotation aux amortissements | Montant | |
| 28… | Amortissements immobilisation | Montant |
Sortie de l’actif :
| 675 | Valeur comptable des actifs cédés | Montant | |
| 28… | Amortissement | Montant | |
| 2… | Immobilisation concernée | Montant |
La perte enregistrée au compte 675 représente la valeur nette à la date de cession.
Sortie d’une immobilisation partiellement amortie et dépréciée
Lorsque l’actif a fait l’objet d’une dépréciation, il faut adapter le schéma :
- Réduire la base amortissable du montant de la dépréciation ;
- Constater un amortissement complémentaire calculé sur la base réduite ;
- La valeur nette comptable prend en compte la dépréciation : valeur d’origine, amortissements cumulés, dépréciation.
Lors de la cession d’un actif partiellement amorti et déprécié, il convient de :
- Constater un amortissement complémentaire jusqu’à la date de cession ;
- Annuler la dépréciation ;
- Sortir l’actif et constater la perte éventuelle.
Dotation d’amortissement complémentaire :
| 6811 | Dotation aux amortissements | Montant | |
| 28… | Amortissements immobilisation | Montant |
Annulation de la dépréciation :
| 290/291 | Dépréciation immobilisation | Montant | |
| 7816 | Reprises sur dépréciations | Montant |
Sortie de l’actif :
| 675 | Valeur comptable des actifs cédés | Montant | |
| 28… | Amortissement | Montant | |
| 2… | Immobilisation concernée | Montant |
À noter : le montant passé au débit du compte 675 ne coïncide pas toujours avec la valeur nette comptable inscrite au bilan, car la dépréciation est soldée par le compte 7816. La subtilité réside dans la prise en compte de l’amortissement et de la dépréciation pour refléter fidèlement la valeur de sortie.
Quelques cas particuliers à connaître
Pour les immobilisations bénéficiant de subventions, la portion résiduelle de la subvention (écart entre le solde du compte 131 et celui du compte 139) doit être rattachée au résultat de l’exercice via le crédit du compte 777. Les comptes subventions sont alors soldés l’un par l’autre.
Pour certains biens exonérés de TVA, il est nécessaire d’ajuster la TVA sur la période de régularisation restante. La TVA à reverser vient augmenter la valeur nette du bien, débitée sur le compte 675, et est créditée au compte 44551.
Les actifs soumis à un amortissement dérogatoire impliquent, selon la situation :
- Si l’amortissement fiscal excède l’amortissement comptable : constater une dotation complémentaire jusqu’à la date de cession et solder le compte 145 par le compte 7872.
- Si l’amortissement fiscal est inférieur, une seule écriture suffit pour solder le compte 145 par le compte 7872.
Enfin, pour les actifs ayant ouvert droit à la déduction exceptionnelle en faveur de l’investissement :
- Si l’actif est totalement amorti et que la déduction a été pleinement utilisée, rien de plus à faire.
- Si l’actif n’est pas totalement amorti, la fraction non utilisée de la déduction doit être calculée au prorata jusqu’à la date de cession. Cette déduction n’entre pas dans la détermination de la valeur nette comptable.
La comptabilité des immobilisations, loin d’être un simple jeu d’écriture, reflète la mémoire technique de l’entreprise. Savoir jongler avec ces règles, c’est garder la main sur la réalité financière, même dans la complexité des chiffres.

